AI France Summit 2020

Lauren Picard Insa Lyon, Mondeca

C’était le 5 mars 2020, au Centre de Conférences Pierre Mendès France à Paris, que s’est tenue la deuxième édition de l’AI France Summit. Il s’agit d’un événement organisé par TECH IN France au Ministère de L'Économie et des Finances, composé de tables rondes, de discours et de présentations keynote, tous traitant d’un sujet autour de l’intelligence artificielle.

De la standardisation des données à l’enseignement stratégique pour les entreprises, en passant par les choix pour le business, l’IA était au cœur des discussions, et bon nombre de professionnels ont pu donner leurs points de vue sur ces questions centrales au sein de la société.

La journée a commencé par un mot d’accueil du directeur DGE Thomas COURBE et du président de TECH IN France Pierre-Marie LEHUCHER. Ils ont lancé plusieurs questions à la réflexion, telles que : 

  • Comment marier business et éthique en matière d’IA ?
  • Les entreprises françaises sont-elles matures vis-à-vis de l’IA ?

L’IA a effectivement une approche pluridisciplinaire : humaniste, éthique, juridique, … 

Pour les entreprises, il s’agit avant tout d’associer les questions d’éthique et de confiance (autant numérique que juridique) du côté du client pour structurer les modèles d’IA de manière souple.

L’IA peut s’intégrer à tous les domaines, plus ou moins importants dans la société. Nous pouvons utiliser le machine learning notamment pour la sécurité, comme le diagnostic de pannes de matériel, ou encore la détection de comportements anormaux sur des machines ou même des humains. Tout ce qui est routinier dans le travail ne posera aucun obstacle à son remplacement par une IA.

Pascal LAINÉ, cofondateur de Kwalys, créateur d’assistants virtuels, nous a ensuite fait une démonstration d’un appel sur son téléphone avec un conseiller artificiel. 

Ce qui est différent avec les séries de science-fiction, c’est lorsque nous voyons des personnages parler avec des robots. En effet, ils leur parlent, mais pas pour un service, ils ont seulement de simples conversations. Nous n’en sommes évidemment pas encore là, il s’agit premièrement de fonctionnaliser les outils d’aide à l’humain de manière automatique et auto-apprenante. Mais il ne faut pas foncer droit dans le mur et créer aveuglement l’IA la plus intelligente. Ainsi, les enjeux sont nombreux pour la création d’assistants virtuels :

  • La vie privée : les données étant sur le Cloud (stockées aux États-Unis, en Chine ou en Europe pour la plupart), la conservation de l’anonymat est problématique. Selon Kwalys, il est important que les données soient stockées en France, pour les Français.
  • La domination de l’usage numérique : nous pourrons bientôt utiliser une interface vocale partout, pour la vie personnelle, professionnelle, à la maison, dans la rue, … Cela changera radicalement notre quotidien.
  • La démocratisation des assistants : il ne faut pas qu’il y ait uniquement les grandes entreprises qui produisent des assistants virtuels d’aide au quotidien, les PME et TPE doivent également avoir leur place.
  • L’omni-temporalité : il s’agit de créer un outil qui pourra permettre de commencer une conversation dans la voiture, et la finir une fois rentré à la maison.
  • La vraie conversation : Kwalys a mis en place le prototype d’Ivy pour faire des “small talks”, mais qui est pour l’instant très loin d’être équivalent aux robots que nous pouvons voir dans les films.

Les assistants virtuels auront un énorme impact sur la société et la vie quotidienne de la population. Suite à ces enjeux et aux problématiques que cela entraîne, trois questions viennent alors :

  • Quelle est la place de l’humain dans ce monde ?
  • Quels emplois et quelles valeurs resteront pour l’humain ?
  • Quelle société voulons-nous construire ?

Cette démonstration a laissé place à la première table ronde de la journée qui s’intitulait “De l’Ai for Science à l’Ai for Business : quelle roadmap pour innover ?”.

C’était ainsi à leur tour de discuter et débattre sur le plateau : Bruno SPORTISSE, Peter DROELL, Yves DEMAZEAU, André BRUNETIÈRE et Jean-Denis MULLER. 

Plusieurs thèmes ont été présentés ici, notamment les ontologies pour créer des langages communs par l’IA, les impacts sur le business et l’adaptation de l’IA à des entreprises B2B ou B2C. Les champs de possibilité sont larges, et l’IA ne va pas du tout s’utiliser ni se créer de la même manière en fonction de son utilité. Un point qui a été fréquemment rappelé lors de cette table ronde est le trop faible nombre de chercheurs chez les industriels, ce qui n’est pas optimal pour le progrès. Les chercheurs ne sont en effet pas assez mis en valeur, ce qui se voit facilement par l’écart de salaire qu’ils ont avec les ingénieurs. Il a été pointé du doigt qu’il faudrait grandement valoriser les équipes conjointes entre chercheurs et ingénieurs, et de manière générale, il est toujours plus productif de faire des équipes pluridisciplinaires. C’est notamment l’exemple que suit l’INRIA en mélangeant industriels et académiques. L’éducation à l’IA a également été citée. En France, il n’y a qu’une terminale qui intègre une petite partie de l’IA, tandis qu’au Japon ou en Corée du Sud, l’IA est formée en bas âge.

C’était au tour de Marc DAMEZ-FONTAINE, directeur Data et IA chez PwC, de nous faire part de la place actuelle de l’IA aujourd’hui à l’échelle mondiale. Il a cité un bon nombre de chiffres tels que les 3 % de publications sur l’IA parmi toute la publication des journaux scientifiques, ou encore les conférences de spécialistes de l’IA qui sont huit fois plus remplies aujourd’hui qu’en 2012. Certains chiffres sont encourageants, d’autres montrent qu’il y a encore beaucoup de progrès à faire, comme le fait que les femmes représentent seulement 20 % des personnes spécialisées en IA.

La deuxième table ronde s’intitulait “Datas, formats, biais : l’entreprise face à une boîte noire ?”, dont les intervenants étaient les suivants : Jérôme BOISSOU, Céline CASTETS-RENARD, Damien ROUX, Ronan BARS, Isabelle RAUCH et Julien CHARONI.

À travers des idées clés comme les programmes IOT ou le RGPD, ils ont avant tout insisté sur l’importance de la qualité et de la protection des données via des systèmes de certification.

Cédric O, secrétaire d'État chargé du Numérique, a clos la matinée par son mot de fin. L’IA doit respecter nos lois et nos valeurs, un concept qui pose problème étant donnée la diversité des lois et valeurs au sein du globe. De plus, il faut que les PMEs puissent percevoir l’ensemble des avantages à utiliser cette technologie, que l’IA ne soit pas réservée aux géants du numérique, mais qu’elle soit créée, contrôlée et jugée par de nombreux acteurs. Enfin, il faut faire attention au sentiment de rejet envers le développement des technologies qu’une grande partie de la population pourrait avoir. En effet, ne pas les comprendre, se sentir manipulé, surveillé ou encore infantilisés, pourraient fracturer le peuple. Ainsi, chercheurs et ingénieurs en IA ont le devoir de faire attention à cela, en ne pensant pas qu’à une partie de la population lorsqu’ils développent des outils et algorithmes.

Après un buffet rassasiant, la journée de l’IA a continué, avec une démonstration animée par Quentin GUILLUY, cofondateur et CEO d’Andjaro, une plateforme de gestion, en temps réel, des besoins de personnel dans les entreprises. Il a mis en avant les trois problèmes RH auxquels font face les managers :

  • Le renouvellement du personnel et le bien-être des collaborateurs ;
  • L’absentéisme qui coûte environ 100 milliards d’euros par an aux entreprises françaises ;
  • Les pénuries de compétences “cols bleus”.

Le but d’Andjaro est de choisir la bonne personne au bon endroit au bon moment, en passant notamment par la prédiction de l’absentéisme.

David DUCAUD, consultant à l’OPIIEC, a pris la main pour présenter des réponses à quelques questions sur le fait de réussir un projet en IA, en voici quelques exemples :

  • Les compétences techniques sont-elles les seules nécessaires ?
  • Est-ce que nous sommes prêts à faire évoluer les managers ?
  • Quel est l’impact de l’IA sur les métiers qui ne vont pas disparaître ?

Il a ainsi défini l’IA selon ses propos, qui a pour but de simuler un ou plusieurs processus cognitifs normalement associés à l’intelligence humaine. Il s’agit en effet d’une autre façon de penser son modèle d’affaires, ce n’est pas une technologie qui se balade dans le modèle.

Même si elle peut être d’une grande aide dans certains cas, l’IA n’est pas la solution optimale à toutes les demandes de clients qui veulent absolument inclure de l’IA dans leur projet. Tout est à faire dans la nuance et l’équilibre.

La première table ronde de l’après-midi était : “L’entreprise du futur : Revisiter le travail, le management et la relation client avec l’IA”. D’autres intervenants ont encore pris place sur les fauteuils de la salle de conférence pour nous parler de ce vaste sujet : Nicolas BLANC, Katya LAINÉ, Sonia CISSÉ, Elodie CHAMPAGNAT et François TILLEROT. 

Plusieurs idées ont été débattues, notamment l’impact sur les métiers auxquels nous ne pensons pas forcément, ou encore la revalorisation du travail par l’IA. Ce que l’on appelle les “soft skills” aident à s’adapter, à apprendre et réapprendre. Il ne faut pas les négliger si nous voulons créer des “managers augmentés”. L’IA ne fonctionne pas toute seule, c’est une combinaison d’un bon nombre de technologies et de pensées. Quoi qu’il en soit, il n’y aura pas de mauvaise IA, mais que de mauvais usages.

La Vice-Présidente de la Commission Européenne, Vera Jourova, a présenté son avis sur l’innovation et les droits humains fondamentaux, qui doivent aller de pair. Elle a présenté son discours pour que nous nous souvenions que, malgré tout l’espoir que nous pouvons mettre en l’IA et la fabuleuse avancée technologique qu’elle crée, le peuple et leurs droits doivent rester une priorité.

Vera Jourova a laissé place à la quatrième et dernière table ronde de la journée : “AI Leaders : qui sont-ils aujourd’hui, qui seront-ils demain ?”. Urs BERGMAN, François LHEMERY, Sébastien MASSART, Christine HENNION, Christel FIORINA et Eric BADIQUÉ nous ont présenté leur point de vue sur la question. Les leaders de l’IA sont indispensables dans le sens où il faut des personnes ayant la capacité à choisir. En effet, bien que beaucoup aient des compétences en IA dont nous avons grandement besoin, il nous faut également et avant tout des personnes qui réfléchissent aux enjeux et aux dérives potentielles. Nous ne devons pas nous focaliser uniquement sur la technologie.

Plusieurs points de vue ont été confrontés durant cette journée : d’une part certains affirmaient que tout allait changer face à l’arrivée de l’IA et qu’il le fallait, en particulier les métiers et la façon de penser. D’autres expliquaient au contraire qu’il ne faut pas tout réinventer, que tout existe déjà et qu’il faut seulement adapter les choses à la demande. Un peu dans la même idée, la question de savoir si l’IA mène à la fin ou à la transformation du travail s’est posée.

Nous avons pu retenir les enjeux principaux de l’IA étant la performance, la sécurité, les contrôles économique, sociétal et éthique, ainsi que la protection des données et des droits humains.

Pour finir sur un sujet assez en vogue en ce moment, les intervenants ont fréquemment discuté du problème d'égalité femme-homme. En effet, comme dit précédemment, les femmes représentent seulement 20 % des personnes travaillant sur l’IA, un domaine scientifique qui, étant relié de près ou de loin à l’informatique, semble suivre les tendances actuelles et attirer davantage les hommes, contrairement au domaine de la biologie par exemple. Ce chiffre est en train d’augmenter et tout le monde sur le plateau semblait d’accord sur le fait qu’il faut encourager les femmes à se lancer dans l’IA. De plus, l’IA reflète l’humanité, puisqu’elle se base sur des quantités astronomiques de données créées par les humains. Ceci a conduit à la création d’une IA de recrutement qui acceptait plus d’hommes dans les métiers à responsabilité, et plus de femmes dans les métiers d’accueil et de social, ceci étant dû aux données qui allaient dans ce sens dans le passé de l’entreprise. Pour une IA plus juste et égalitaire, il faut faire de même avec l’humanité.

Nous avons passé une excellente journée en tant qu’employés de Mondeca, et espérons que cet événement continuera d’être organisé.

Je vous laisse sur la phrase du jour : “On aimerait bien que l’adoption de l’IA aille aussi vite que le Coronavirus”.

Terminologie :

IA : Intelligence Artificielle

DGE : Direction Générale des Entreprises

B2B : Business to Business

B2C : Business to Consumer

PwC : PricewaterhouseCoopers

RH : Ressources Humaines

IOT : Internet Of Things

RGPD : Règlement Général pour la Protection des Données

OPIIEC : Observatoire Paritaire des métiers de l'Informatique, de l’Ingénierie, des Études et du Conseil